Soldat de 2e classe DURAND Marcel

 

DATE DE NAISSANCE

7 août 1892

LIEU DE NAISSANCE

Brion (Yonne)

UNITÉ

168e Régiment d’Infanterie
5e compagnie

NUMÉRO MATRICULE

1465

CLASSE

1912

CENTRE DE RECRUTEMENT

Sens (Yonne)

DATE DE DÉCÈS (ÂGE)

17 novembre 1916 (24 ans)

LIEU DE DÉCÈS

Hôpital Complémentaire de Béziers (Hérault)

NATURE DU DÉCÈS

Suite de blessures de guerre

LIEU D’INHUMATION

 

 

Le soldat Marcel DURAND meurt des suites de ses blessures à l’Hôpital Complémentaire de Béziers. Il n’est pas possible de savoir lequel des 6 Hôpitaux Complémentaires de Béziers l’a accueilli, d’autant plus que ces hôpitaux disposent au total de 11 annexes.
Par chance, le rédacteur du Journal de Marche et d’Opérations du 168e Régiment d’Infanterie consigne les noms des soldats tués, blessés ou disparus de tous les grades et pas uniquement les officiers. Cela permet de savoir que Marcel DURAND a été blessé le 11 juillet 1916.
En juillet 1916, le 168e Régiment d’Infanterie est à Verdun. Il opère précisément dans la zone de Fleury.
Voici le récit de la journée du 11 juillet 1916, tiré du Journal de Marche et d’Opérations du régiment.

« Le général Riberpray prend le commandement du secteur et installe son PC à la caserne Marceau. Le secteur lui-même cesse d’être rattaché au Groupement E (général Paulinier) pour être rattaché au Groupement D (général Mangin).
Le Régiment est disposé comme suit :
2e bataillon :      5e et 6e compagnies au sud de Fleury village avec le commandant Boulesteix et le PS                           téléphonistes.
                         7e compagnie et compagnie de mitrailleuses en réserve de Brigade à l’Ouvrage D                          avec le capitaine Burthey.
1er bataillon en position intermédiaire
3e bataillon à Verdun, quartier Anthouard avec CHR (Compagnie Hors Rang)
Petit Dépôt Divisionnaire à Verdun exécute tous ces jours quelques travaux derrière le Fort de Souville.
À partir de 3 h 30, l’action des deux artilleries redouble d’intensité, tout indique qu’une forte attaque ennemie se déclenche, les obus lacrymogènes et asphyxiants tombent sans interruption, tout le monde a son masque et s’apprête à recevoir l’ennemi d’un moment à l’autre.
Notre artillerie déclenche un barrage discontinu en avant de nos premières lignes.
À 5 h 45, la réserve de Brigade à l’Ouvrage D (7e compagnie et compagnie de mitrailleuses) reçoit l’ordre de se porter immédiatement à la Poudrière mais, au moment de se mettre en route, elle reçoit un contrordre ainsi conçu :
“PC Poudrière 11.7.16   5 h 30
En raison des nouvelles de la situation à droite, ne pas amener la réserve à La Poudrière mais la tenir prête à marcher. Envoyer au PC des agents de liaison.
Signé : Delisle. “
Cet ordre est le dernier reçu du colonel Delisle qui devait disparaitre au cours de la matinée ainsi que tous les occupants de la Poudrière.
Celle-ci est soumise, ainsi que l’ouvrage D, le Ravin de la Mort et Souville, au plus violent bombardement.
Vers 6 h 45, un soldat du 167e arrive en courant au PC occupé par le lieutenant-colonel Chépy et le lieutenant-colonel Décageux et annonce que les allemands ont enfoncé notre ligne à l’ouest de Fleury et qu’ils menacent la droite du bataillon Lebrun (2e du 167e).
La 7e compagnie se porte résolument vers la gauche dans la direction du boyau II et se déploie baïonnette au canon pour couvrir la droite du bataillon Lebrun. La compagnie de mitrailleuses, qui ne dispose que de 7 pièces, en met 5 en batterie à la crête vers le saillant nord-est de l’Ouvrage D face au nord-est pour interdire le débouché de l’ennemi soit sur le front Ouvrage D – Ravin des Vignes, soit sur le front Ouvrage D – Fleury village.
Au sud-est de l’Ouvrage D, une section de mitrailleuses bat le Decauville et la piste menant à la Poudrière. Dès le début de l’action, la liaison a pu être établie vers l’avant avec le 2e bataillon du 167e et vers l’arrière avec le 1er bataillon du 168e.
À partir de 7 h, toute liaison avec la Brigade est devenue impossible, quelques agents de liaison et notamment l’aspirant Bellanger envoyé en reconnaissance, ne reviennent pas. Une épaisse fumée entoure la Poudrière et il semble qu’il s’y soit déclaré un incendie.
On a aucune nouvelle des 5e et 6e compagnies non plus que du commandant Boulesteix resté à Fleury.
L’ordre est envoyé au bataillon Meyer, cantonné à Anthouard de monter immédiatement dans le secteur en employant le boyau II.
Les allemands s’approchent du PC du Régiment (dit poste Bois Seguin), le lieutenant-colonel Décageux qui a pris le commandement de la Brigade et le lieutenant-colonel Chépy quittent cet abri et vont occuper un PC situé au sud du Petit Bois.
À 8 h 10, la situation est grave, surtout à droite, on a pu obtenir aucun renseignement concernant le chef du 2e bataillon (commandant Boulesteix) ni des 5e et 6e compagnies. La section de mitrailleuses est tenue prête à entrer en action dans la direction de la Poudrière d’où continue à s’élever une épaisse fumée et qui semble être occupée par l’ennemi. Elle est soutenue par un poste de grenadiers qui occupe le boyau allant de l’Ouvrage D à la Poudrière.
Le 1er bataillon qui, au début de l’action se trouvait en position intermédiaire, envoie une section et une section de mitrailleuses aux environs du poste Bois Seguin, en liaison avec l’Ouvrage D.
Le 3e bataillon, qui avait reçu l’ordre de quitter Anthouard vers 11 h, s’est porté par le côté du Fort Saint Michel à la lisière sud du Petit Bois. Pour y arriver, il a dû traverser un barrage d’obus de gros calibre sur le versant sud du Saint Michel et un barrage d’obus lacrymogènes et d’obus de 77 sur le versant nord. Malgré des pertes sensibles, dirigé résolument par le capitaine Meyer, il arrive à son emplacement vers 15 h.
Il y reçoit l’ordre de relever l’Ouvrage D, les éléments restants du 2e bataillon, 2 sections du 1er bataillon et de pousser des éléments aussi en avant que possible :
1°) vers la Poudrière, supposée aux mains de l’ennemi ;
2°) vers la droite du 167e dont on ignore à ce moment l’emplacement exact.
La 7e compagnie, réduite à l’effectif de 30 hommes sous le commandement du sous-lieutenant Normandin, prend place après la relève dans le boyau II, à la hauteur du Petit Bois.
Malgré une vive fusillade, la section Lebrun (10e compagnie) réussit à occuper les abris creusés à mi-pente de la croupe de Fleury, le long du Decauville jusqu’à l’ancien PC du 3e bataillon. Une deuxième section, celle de l’adjudant Bonte cherche à dépasser vers la droite la section Lebrun afin de s’approcher de la Poudrière.
L’adjudant Bonte est tué, sa section subit de grosses pertes par la fusillade ennemie et ne peut progresser davantage.
La nuit tombe enfin, la Poudrière semble toujours brûler à l’extrémité du Ravin de la Mort et notre canonnade incessante barre le passage à l’ennemi.
La situation du Régiment est la suivante :
Bataillon Meyer (3e) : la 10e compagnie s’étend des abris de l’ancien PC du bataillon à la tranchée sud de l’Ouvrage D. La 9e compagnie a deux sections aux lisières est et nord-est du Petit Bois et deux sections dans la tranchée médiane de l’Ouvrage D. La 11e compagnie est toute entière dans la tranchée avancée de l’Ouvrage D.
Bataillon Boulesteix (2e) : quelques hommes (une trentaine de la 7e compagnie) sont dans le boyau II, à la disposition du commandant du 2e bataillon du 167e (commandant Lebrun). La compagnie de mitrailleuses est à l’ouvrage D. On est sans nouvelles du reste du bataillon qui a disparu au cours de l’attaque du matin.
Bataillon Begon (1er) : occupe comme au début de la journée la ligne intermédiaire.
L’état-major de la Brigade, dont on est sans nouvelles semble, lui aussi, avoir disparu au cours des combats de la matinée. »

Au cours de cette journée, le soldat Marcel DURAND trouve la mort avec la 5e compagnie à Fleury.