Caporal BRUNOT Georges

 

DATE DE NAISSANCE

28 novembre 1884

LIEU DE NAISSANCE

Brion (Yonne)

UNITÉ

346e Régiment d’Infanterie
5e bataillon - 18e compagnie

NUMÉRO MATRICULE

19134

CLASSE

1904

CENTRE DE RECRUTEMENT

Sens (Yonne)

DATE DE DÉCÈS (ÂGE)

29 octobre 1918 (34 ans)

LIEU DE DÉCÈS

HOE Bussy le Château (Marne)

NATURE DU DÉCÈS

Suites de blessures de guerre
Blessé le 8 octobre 1918 à Orfeuil (Ardennes)

LIEU D’INHUMATION

 

 

En octobre 1918, le 346e Régiment d’Infanterie est engagé dans la poursuite des allemands qui se replient vers la frontière. Il combat dans la zone Semide – Orfeuil dans les Ardennes.
Voici le récit de la journée du 8 octobre 1918 tirée du journal de marche et d’opérations du bataillon :

« Le régiment a pour mission de porter son front sur les lisières nord du château de Baimont.
L’attaque doit déboucher à 5 h 15. L’objectif normal atteint, le régiment doit se tenir prêt à se porter à l’attaque des objectifs éventuels indiqués par les ordres précédents et notamment de la crête située à 300 m au nord de la Ferme Scay.
La préparation de l’attaque par l’artillerie doit être de 5 minutes.
Pour cette opération, le régiment a 2 bataillons en ligne : 4e bataillon à gauche et 6e bataillon à droite. Le 5e bataillon est chargé de protéger le flanc droit du 6e bataillon pour le cas où le régiment de droite ne pourrait pas progresser.
Le 4e bataillon du 356e (bataillon Pierre) est chargé :
1° de protéger le flanc gauche du 4e bataillon du 346e si les américains ne pouvaient progresser
2° éventuellement de prolonger l’action de protection du flanc droit du 5e bataillon par le 6e si le 367e ne pouvait progresser. Dans ce but, il est venu s’installer au cours de la nuit précédente dans la région de Médéah Stern.
Une compagnie de chars d’assaut mise à la disposition du régiment est répartie ainsi qu’il suit :
Une section avec le bataillon d’assaut de droite. Mission réduire le nid de mitrailleuses B puis appuyer la progression du 6e bataillon.
Une section avec le bataillon d’assaut de gauche. Mission réduire le nid de mitrailleuses A puis appuyer la progression du 4e bataillon.
Une section avec le bataillon en réserve de droite. Mission agir éventuellement avec le 5e bataillon contre toute tentative de contre-attaque ennemie sur le flanc droit du 6e bataillon.
Les nids de mitrailleuses A et B ayant été exactement repérés, les sections d’appui des 4e et 6e bataillons attaqueront ces nids à l’heure H.
Si l’attaque du 1er objectif réussit, les bataillons de 2e ligne dépasseront ceux de 1ère ligne et prendront à leur compte l’enlèvement des objectifs suivants.
Le bataillon du 409e que nous avons dépassé et le bataillon du 116e mis à la disposition du régiment ont été remis à la disposition du commandement et sont partis au cours de la nuit.
L’attaque débouche à 5 h 15 et tombe immédiatement sous les tirs de barrage de l’artillerie ennemie et les tirs de mitrailleuses du point B tandis que celles du point A ne se révèlent pas.

La succession des événements nécessite un exposé spécial à chaque bataillon.

1° bataillon de gauche :
La section de chars ne comprend que deux appareils, les autres étant en panne. Ce sont deux chars à canon de 37.
Dirigés tout d’abord sur le point A, nid connu de mitrailleuses ennemies, ils n’y trouvent rien, s’engagent contre une mitrailleuse située au nord de la clairière en chevron qu’ils détruisent.
Derrière eux, le 4e bataillon progresse en combattant. Mais par suite des combats livrés en sous-bois, il est très en retard sur le barrage roulant et tombe sous le feu de plusieurs mitrailleuses ennemies qui ont pu se ressaisir et qui lui font subir des pertes sévères. Son attaque est arrêtée et le chef de bataillon rétablit ses liaisons avec le 6e bataillon à droite et avec les américains à gauche. Ceux-ci semblent peu sûrs de leur direction. Pendant quelques instants, il en vient qui s’intercalent entre les deux compagnies de 1ère ligne. Le 4e bataillon les fait immédiatement appuyer à gauche.
Le 4e bataillon est à peine arrivé sur la ligne qu’il est contre-attaqué. Une lutte très vive s’engage. Les deux chars d’assaut sont cernés de toutes parts, ils doivent se replier et rentrent dans nos lignes criblés de balles, un des deux canons de 37 détruit. D’un rapport verbal fait à son retour par le chef de section au lieutenant-colonel commandant le régiment, il résulterait que cette contre-attaque s’est produite juste à temps pour enrayer chez les allemands déjà en position dans ces bois, une fuite déjà commencée. Après une lutte très vive, la contre-attaque allemande est repoussée.

2e bataillon de droite :
Les chars d’assaut se dirigent sur le nid de mitrailleuses B, mais malgré leur indéniable ardeur, ne peuvent ni le réduire, ni même le manœuvrer. Au sud et au sud-ouest de ce nid de mitrailleuses, qui est très légèrement à contre-pente et a devant lui un champ de tir d’une centaine de mètres, les allemands ont enlevé tous les pins en laissant subsister au-dessus du sol un élément de tronc d’une vingtaine de centimètres de longueur. Deux chars d’assaut y restent en panne. Les trois autres tentent de faire le tour de cet obstacle et entrent dans les aulnes où, ne voyant plus rien à cause du feuillage, ils sont pris à partie par de nombreux fusils antitanks ou canons spéciaux. Criblés de balles, les appareils sont en partie mis hors de service et le chef de section fait appel à la section en réserve qui se porte aussitôt en avant mais subit le même sort.
Cependant, l’action des chars n’a pas été inutile. S’ils n’ont pu venir à bout de la résistance ennemie, ils ont du moins attiré sur eux la majeure partie du tir et l’attention de l’ennemi. La gauche et le centre du 6e bataillon progressent, livrant de nombreux combats, réduisant successivement plusieurs centres de résistance. Seule sa droite, prise de front et de flanc sous le tir des mitrailleuses ne peut progresser.
À 9 heures environ, le 6e bataillon est en présence de nouvelles mitrailleuses ennemies dissimulées sous-bois, ses pertes sont très sévères. Il ne peut progresser plus avant. De l’ordre est remis dans les unités et les liaisons rétablies. On s’occupe à réduire un ou deux centres de résistance restés dans nos lignes.
La liaison est rétablie avec le 367e qui a des éléments à l’est de la route d’Attigny à hauteur de la compagnie de soutien du 6e bataillon.

Au cours de la matinée, les 4e bataillon et 6e bataillon ont fait 104 prisonniers et pris 26 mitrailleuses dont dix lourdes et 3 fusils antitanks, prises qui attestent l’ardeur de la lutte et l’importance de la résistance, mais à 9 heures toute progression est arrêtée avant que l’objectif assigné ait été atteint et le lieutenant-colonel commandant le régiment donne l’ordre de se préparer à une nouvelle attaque qui aura lieu au cours de l’après-midi.
Pendant que se prépare cette reprise de l’attaque, les allemands sont très actifs. Des renforts leur parviennent de l’arrière.
Sur la gauche du régiment, le nombre de mitrailleuses allemandes augmente peu à peu. Elles prennent d’enfilade la compagnie de gauche qui doit rester terrée, sans pouvoir faire un mouvement.
Sur la droite du régiment, on voit constamment de nombreux allemands pénétrer par infiltration dans le Bois R12.
Au centre, le profil du terrain et de bois nombreux ne permettent pas de savoir ce qui se passe, mais il y a tout lieu de croire que là aussi les allemands se renforcent et se préparent à contre-attaquer.
A plusieurs reprises, des tirs de concentration sont exécutés par l’artillerie sur les cheminements et bases de départ possibles de l’ennemi. Une section de 75 d’accompagnement en batterie dans les tranchées de la ferme Médéah, tient constamment le Bois R12 sous son feu. Des mitrailleuses sont également constamment en action contre ce bois. L’après-midi est très dur. Le lieutenant-colonel commandant le régiment s’efforce de déclencher son attaque avant celle imminente des allemands, mais nos groupes de combat sont mélangés à l’ennemi et il est nécessaire de les reporter sur une base de départ plus en arrière afin de permettre la préparation par l’artillerie.
Les pertes subies par les 4e et 6e bataillons sont telles qu’il est nécessaire d’intercaler entre eux le bataillon Pierre du 356e. En outre, une compagnie du 5e bataillon est portée en réserve derrière la gauche du bataillon Dollard.

Les ordres sont prêts, lorsque parvient l’ordre du général commandant la D.I. prescrivant aux 346e et 367e d’attaquer ensemble à une heure qui sera fixée ultérieurement. Cet ordre est ensuite rapporté. Le 346e doit attaquer seul et prendre pour objectif la lisière nord des bois au nord de la route de Saint Etienne à Arnes.
L’heure de l’attaque est fixée à 17 h 30. Elle doit être précédée d’une préparation de 30 minutes par l’artillerie. La base de départ est fixée à la route de Saint Etienne à Arnes.
À 16 h 15, les groupes de combat mélangés aux allemands n’étant pas encore tous ramenés sur la base de départ, l’ennemi déclenche un tir de préparation d’attaque d’une extrême violence faisant un très large emploi d’obus à gaz. Notre tir de préparation se déclenche à son tour, atteignant sûrement les bases de départ de l’ennemi et l’empêchant d’attaquer.
Mais son tir de préparation d’attaque a produit chez nous les mêmes effets et notre attaque ne peut pas plus déboucher que celle de l’ennemi. A 19 heures, nous sommes à peine au nord de la route de Saint Etienne à Arnes. A notre gauche, les troupes américaines ont été violemment contre-attaquées. Privées de tous leurs officiers, elles ont momentanément cédé devant la poussée de l’ennemi, puis se ressaisissant, elles se portent en avant et réoccupent leurs emplacements de l’après-midi.
La nuit se passe à patrouiller pour retrouver ceux de nos groupes de combat qui n’ont pu rejoindre la base de départ. Ces groupes sont tous retrouvés sur leurs emplacements de la journée précédente. Les patrouilles constatent que les allemands ont évacué la ligne sur laquelle ils nous avaient arrêtés. Les bataillons Dollard, Pierre et Henriot occupent immédiatement cette ligne de trous de tirailleurs. »

Au cours de cette dure journée, le caporal Georges BRUNOT est blessé. Il est évacué vers l'arrière jusqu'à l'Hôpital d'Origine Évacuation de Bussy le Château dans la Marne. Il y décède 21 jours plus tard, le 29 octobre 1918, à l'âge de 34 ans.
Il restait 13 jours avant la signature de l'armistice du 11 novembre 1918 et l'arrêt des combats.